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La France interdit Kyleo, l'herbicide glyphosate qui menace la biodiversité (mais il est toujours vendu en Italie)

La cour d'appel de Versailles a annulé l'autorisation de l'herbicide Kyleo car les effets indirects du glyphosate sur la biodiversité n'avaient pas été évalués. L'association Générations Futures est parvenue à ce résultat, après des années de batailles juridiques

C'est une de ces nouvelles qui font office de bouffée d'oxygène dans un paysage réglementaire souvent opaque et lent : la cour administrative d'appel de Versailles a annulé l'autorisation de mise sur le marché de Kyleo, un herbicide à base de glyphosate et de 2,4-D, produit par la société Nufarm.

Tout a commencé lorsqu'en 2020, Générations Futures a déposé un recours auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise demandant l'annulation de la décision par laquelle l'Anses, l'Agence française de sécurité alimentaire, de l'environnement et du travail, avait donné son feu vert à la vente de Kyleo sur le marché français. En septembre 2023, le tribunal avait rejeté la demande. Mais l'association n'a pas baissé les bras et a porté l'affaire devant la Cour d'Appel, qui a cette fois statué en sa faveur.

La biodiversité ne peut être ignorée

La question technique au centre du récit est fondamentale. Le règlement européen, qui a renouvelé l’approbation du glyphosate en tant que substance active en 2017, imposait aux États membres d’accorder une attention particulière au risque pour la diversité et l’abondance des vertébrés et arthropodes terrestres non ciblés via les interactions trophiques. En termes simples, les effets indirects que produit le pesticide sur l’écosystème en altérant les chaînes alimentaires.

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L'Anses avait justifié la non-évaluation de ce risque par l'absence de méthode scientifique harmonisée au niveau européen. Cependant, la Cour d'appel démonte point par point ce raisonnement : l'identification d'un effet inacceptable sur la biodiversité ne peut être conditionnée à la disponibilité d'une méthode d'évaluation partagée, et en l'absence d'une telle méthode, un produit ne peut être considéré par défaut comme exempt d'effets sur la biodiversité.

Une distinction apparemment technique, mais aux conséquences énormes.

Une victoire qui va changer l'évaluation des pesticides

L’engouement de Générations Futures est compréhensible. François Veillerette, porte-parole de l'association, n'a pas caché sa satisfaction :

Il s’agit d’une victoire très importante pour les Générations Futures, tant pour elle-même que parce qu’elle devrait pouvoir améliorer l’évaluation de certains pesticides. L'arrêt de la Cour administrative d'appel est clair : l'absence de méthode d'évaluation harmonisée au niveau européen ne dispense pas l'Agence chargée de réaliser cette évaluation, qui constitue une exigence réglementaire.

Sur la même longueur d'onde, Maître Hermine Baron, du cabinet TTLA & Associés Avocats, qui a suivi le dossier :

L'arrêt de la Cour administrative d'appel de Versailles est extrêmement clair : il n'y a pas de démonstration de l'acceptabilité d'un risque identifié sans une évaluation préalable. Au vu des retards observés dans l'élaboration des documents d'orientation au niveau européen, cette décision est la bienvenue pour éviter de mettre sur le marché des produits dont les effets n'ont été que partiellement évalués.

Au-delà du cas spécifique de Kyleo, cette condamnation a une portée qui dépasse largement les frontières françaises. En fait, elle pose un principe juridique important : les lacunes méthodologiques au niveau européen ne peuvent pas devenir un alibi pour autoriser des produits potentiellement nocifs pour l'écosystème. Les agences nationales sont tenues d'évaluer les risques même en l'absence de protocoles communs et si elles ne le font pas, l'autorisation ne peut être accordée.

Un principe qui, s'il était appliqué systématiquement, pourrait remettre en cause l'homologation de plusieurs autres pesticides aujourd'hui sur le marché.

Et en Italie ?

Il convient de rappeler que Kyleo est toujours autorisé et disponible en Italie. La bataille gagnée par Générations Futures en France ne s'étend pas automatiquement à notre pays, où chaque autorisation suit des processus nationaux distincts. Il serait toutefois souhaitable que les autorités italiennes prennent note de cette décision et engagent un réexamen similaire.

La France, en ce sens, démontre une fois de plus comment la pression civile et associative peut produire des résultats concrets même face aux géants agro-industriels. Associations actives, citoyens informés, avocats tenaces : voilà la combinaison qui a arrêté Kyleo. Un modèle dont notre pays devrait peut-être aussi s’inspirer.

Source : Générations Futures

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