Même les catastrophes climatiques dans le sud sont-elles en Serie B ?
Le cyclone Harry a mis le Sud à genoux, mais on n'en parle plus : le silence médiatique déjà tombé sur le sujet confirme-t-il l'existence d'urgences de « série B » ?
Le cyclone Harry elle n'a pas laissé de trace de sang derrière elle : heureusement il n'y a pas eu de victimes grâce à l'alerte précoce de la protection civile qui a fermé les écoles et lancé l'alerte rouge qui a vidé les rues. Mais maintenant qu’il est temps de compter les dégâts et d’aider concrètement, le cyclone Harry n’est plus d’actualité et les territoires touchés se retrouvent seuls. L’absence de morts ne rend pas ce désastre moins grave, mais il semble avoir fourni le prétexte parfait pour « rétrograder » l’événement au rang d’« administration ordinaire », faisant glisser le Sud dans un cône d’ombre médiatique au moment même où commence le face-à-face avec les conséquences.
Le visage brutal de la crise climatique
. Ce que nous avons vu, c'était le visage brutal d'un crise climatique qui ne fait aucune distinction géographique, mais qui trouve des défenses plus fragiles au Sud. L'Italie tout entière est devenue un laboratoire à ciel ouvert d'événements extrêmes : des tempêtes de grêle records dans la vallée du Pô aux inondations dans la région des Marches. Cependant, lorsque l’urgence frappe le Sud, le discours change.
Alors que les catastrophes du Nord sont traitées comme des urgences nationales qui ébranlent le cœur productif du pays, les blessures du Sud sont souvent archivées comme des « nouvelles locales » malgré le fait que des vagues de plus de 16 mètres de haut ont été observées et qu'il s'agissait d'un véritable cyclone tropical qui a déversé en quelques heures une quantité d'eau jamais vue auparavant dans des territoires habituellement assoiffés la majeure partie de l'année.
Cela est particulièrement évident dans le paradoxe d’une île, la Sicile, qui jusqu’à hier mourait de soif avec des réservoirs vides et se retrouve aujourd’hui submergée par des volumes d’eau que le sol, asséché par la désertification et rendu imperméable par le béton, n’est plus en mesure d’absorber. C'est un court-circuit écologique : la désertification rend la terre dure comme du béton et quand arrivent des événements extrêmes comme celui d'Harry, l'eau ne nourrit pas, mais détruit.
Quand l’eau se retire et que les projecteurs médiatiques s’éteignent, la véritable blessure surgit : celle d’un territoire qui s’effondre.
La blessure de Niscemi et le fardeau de la construction illégale
Le cas du glissement de terrain de Niscemi est l’emblème de cette fragilité programmée. Là où le terrain a cédé, ce n’est pas seulement la pluie qui a frappé, mais des décennies de mauvaise gestion du risque hydrogéologique et, dans plusieurs cas, de pratiques de construction illégales qui, dans le Sud, continuent d’être un fléau purulent, transformant chaque colline en un potentiel château de cartes.
Construire là où il ne devrait pas être n’est pas seulement un délit auquel il faut remédier : à l’heure de la crise climatique, c’est une arme destinée à la sécurité de tous. Pourtant, même face à la disparition d’un camp tout entier, l’attention nationale semble déjà ailleurs.
La résilience qui ne fait pas l'actualité : la Sicile se relève toute seule
Cependant, dans ce scénario de silence institutionnel, la force extraordinaire de réseau de bénévoles. Tandis que les projecteurs s'éteignent, dans les rues de Niscemi, mais aussi dans les communes de Messine, Catane et Siracusano, des centaines de jeunes et de simples citoyens ont retroussé leurs manches.
Sans attendre les décrets ni les podiums politiques, la solidarité spontanée est née dans le silence médiatique : gles jeunes et les étudiants qui pelletent la boue des maisons des personnes âgées, unagriculteurs qui partagent les quelques moyens restants pour dégager les routes rurales, ccommunauté qui s’auto-organisent pour ne pas rester isolés. C'est la Sicile qui ne fait pas l'actualité : celle qui se relève toute seule parce qu'elle a l'habitude de ne rien attendre. Des anges de boue de la série B ? Pas d'influenceurs ni de politiques avec des bottes en caoutchouc à pelleter et pourtant les dégâts et les conséquences de cette catastrophe sont incalculables avec des littorals entiers emportés par la violence de la mer.
Une question de justice
Comme Greenmenous demandons que la reconstruction parte d'un principe de justice climatique. Il n’y a pas de territoires de seconde zone : nous sommes tous dans le même bateau qui coule. Des investissements massifs sont nécessaires de toute urgence pour garantir un Sud qui paie le prix le plus élevé d’un changement global qui touche tout le monde et, surtout, pour cesser de considérer ces terres comme des banlieues remplaçables de l’Europe.
La boue d'Harry va sécher, mais pas notre attention. Soyons aux côtés de ceux qui creusent aujourd’hui, non pas pour compter les victimes, mais pour reconstruire un avenir qui ne se noiera pas sous la prochaine pluie. Après la boue, reste le devoir de ne pas éteindre les lumières car le droit à la sécurité ne peut pas dépendre du code postal.
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