Pfas en Vénétie : avec un délai de 10 ans, une étude évaluera les effets des polluants éternels sur les citoyens (mais dans une zone limitée)
L'enquête épidémiologique sur le Pfas commence en Vénétie pour évaluer les effets sur la santé de la population. Mais cette annonce intervient au milieu de nombreuses controverses, avec plus de dix ans de retard et – par coïncidence – à proximité des élections.
Plus de dix ans après la découverte d'une contamination aux PFAS en Vénétie, la Région a enfin annoncé une enquête épidémiologique pour évaluer les effets des PFAS sur la santé de la population. L'étude impliquera l'Ulss 8 Berica et sera réalisée avec le soutien du Service épidémiologique régional et de l'Istituto Superiore di Sanità, qui fourniront des conseils scientifiques et méthodologiques.
Selon la Région dirigée par Luca Zaia, il s'agira d'une enquête rétrospective capable de reconstituer l'histoire d'exposition des communautés impliquées, d'estimer les risques de diverses pathologies et de renforcer les politiques de prévention. Une décision qui intervient cependant après de nombreuses années de pression de la part des citoyens et des associations, et qui suscite aujourd'hui pas mal de critiques et d'accusations, notamment en raison du timing « étrange » avec lequel elle a été prise (il y aura des élections régionales dans quelques semaines).
La grave contamination par les Pfas en Vénétie est connue depuis très longtemps et constitue l'un des cas de pollution par des substances perfluoroalkylées les plus graves en Europe. La soi-disant « zone rouge », qui s'étend entre les provinces de Vicence, Padoue et Vérone, compte des centaines de milliers de citoyens exposés depuis des décennies à travers l'eau potable et déjà en 2016, la Région avait approuvé une enquête épidémiologique, qui n'a jamais été réalisée en raison de « problèmes de coûts ». Aujourd’hui, avec la nouvelle annonce, cette promesse est à nouveau proposée, mais avec plusieurs limitations qui ont suscité de nombreuses critiques.
Les critiques
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le Mamans sans Pfas ils parlent de « bonne nouvelle, mais dix ans de retardSelon la commission, si l'étude épidémiologique avait été lancée dans les délais, nous aurions déjà aujourd'hui des données cruciales sur les effets à long terme de l'exposition aux Pfas, informations qui auraient pu guider des mesures de prévention plus efficaces et des interventions sanitaires ciblées.
Un autre point qui fait l'objet de vives critiques concerne la portée géographique de l'enquête, limitée uniquement à l'Ulss 8 Berica. L'exclusion de grandes parties de la zone rouge, notamment les provinces de Padoue et de Vérone où la contamination est historiquement plus intense, risque de donner une image incomplète et non représentative de l'exposition réelle de la population.
A l’appui de cette inquiétude, les données d’études antérieures sur l’ensemble de la Zone Rouge mettent en évidence un excès d’environ 4 000 décès entre 1985 et 2018, avec des liens évidents entre l’exposition aux PFAS et des pathologies telles que les tumeurs et les maladies cardiovasculaires. Pour No Pfas Mothers, la nouvelle enquête risque donc d’être sous-alimentée, incapable de rendre compte de l’ampleur réelle des risques sanitaires et des conséquences sur la santé de la communauté exposée.
Le communiqué régional ne fait également aucune mention de l'implication des associations, des comités et des citoyens, qui contribuent à la collecte de données et de témoignages depuis des années. Les No PFAS Mothers craignent donc que l'enquête soit menée « à huis clos », sans le processus participatif qui garantirait plus de crédibilité et d'indépendance.
C'est pourquoi ils demandent à la Région :
- d'étendre l'étude à toutes les communes de la Zone Rouge et des zones contaminées environnantes
- garantir une transparence maximale sur les méthodologies adoptées
- créer un organe de contrôle indépendant, qui inclut activement des citoyens et des associations
Même sur le plan politique, les critiques sont vives. Cristina Guarda, députée européenne des Verts-Avs, et le leader du groupe Renzo Masolo, accusent le conseil d'avoir trouvé les fonds seulement maintenant, coïncidant avec la campagne électorale :
Depuis douze ans, les citoyens réclament transparence, information et prévention. Pendant douze ans, la Région Vénétie a répondu par le silence, des analyses de sang partielles et sans jamais vraiment prendre en charge la population exposée aux PFAS. Aujourd'hui, un mois après les élections, la commune de Zaia annonce enfin l'étude qui aurait pu et dû être lancée immédiatement. C'est une pure honte.
En 2023 déjà, une enquête régionale de Guarda avait révélé que l’étude avait été bloquée faute de fonds. Des fonds qui, soulignent les Verts, n'ont jamais manqué pour les grands événements ou initiatives décidés par le président.
À ce sujet, Cristina Guarda a eu une réaction très dure sur les réseaux sociaux :
Sources : Région Vénétie / Mothers No Pfas / Cristina Watch Linkedin
