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Plastique « recyclé » mais issu à 95 % du pétrole : l’enquête qui démasque le greenwashing en Europe

Une enquête révèle que de nombreux plastiques déclarés recyclés proviennent encore presque entièrement du pétrole. Grâce au bilan de masse et aux « émissions évitées », l'industrie peut être certifiée comme étant des produits durables qui ne réduisent pas réellement l'utilisation des ressources fossiles ou les émissions globales.

Dans les rayons des supermarchés européens, les emballages promettant durabilité, circularité et réduction des émissions prolifèrent. Mais derrière de nombreux labels « verts » se cache une réalité bien différente : seule une petite partie du plastique déclaré recyclé provient effectivement de déchets, tandis que la part dominante continue de provenir du pétrole.

C’est ce qui ressort d’une récente enquête du Guardian, qui pointe du doigt les pratiques de l’industrie pétrochimique et contre un système de régulation européen de plus en plus proche de légitimer des mécanismes considérés par de nombreux experts comme une forme de greenwashing. Essentiellement, selon l'étude, la stratégie clé sur laquelle se concentre l'industrie est pyrolyseune technologie chimique présentée comme capable de transformer les déchets plastiques en une « huile de pyrolyse », c'est-à-dire une matière première déclarée recyclée.

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Mais en réalité, ce pétrole ne peut représenter qu’une part minimale, car il doit être mélangé à environ 95 % de naphta d’origine pétrolière pour ne pas compromettre le fonctionnement des installations industrielles. En conséquence, bien qu’il soit classé comme recyclage du plastique, le processus ne réduit pas du tout la dépendance aux combustibles fossiles.

Du plastique « circulaire » qui reste fossile

De nombreuses grandes marques alimentaires utilisent des emballages fabriqués avec des matériaux fournis par la chaîne d'approvisionnement pétrochimique liée au géant saoudien. Aramcol’une des plus grandes entreprises émettrices de gaz à effet de serre au monde. Sa filiale Sabic, avec d'autres acteurs du secteur, promeut depuis des années le plastique comme une solution « circulaire » et respectueuse du climat.

En pratique cependant, ce plastique reste presque entièrement d’origine fossile. Le cœur du système, comme nous l'avons mentionné, est ce qu'on appelle le recyclage chimique par pyrolyse, un processus très gourmand en énergie qui transforme les déchets plastiques en une huile réutilisable comme matière première. Le problème est que ce pétrole ne représente qu’une petite fraction de l’apport total – jusqu’à 5 % – et doit être mélangé avec environ 95 % de naphta vierge dérivé du pétrole pour éviter d’endommager les installations industrielles produisant du nouveau plastique.

Le résultat est paradoxal : l'ensemble du processus est encore présenté comme du « recyclage », alors que l'utilisation des combustibles fossiles continue de croître et, comme on le lit dans le Guardian, pour étayer ses déclarations environnementales, l'industrie s'appuie sur deux mécanismes légaux mais controversés.

La première est le bilan massique : une technique comptable qui permet d’attribuer la part des matériaux recyclés à des lots spécifiques du produit final. En pratique, même si un emballage ne contient que du plastique fossile, il peut être certifié « 100 % recyclé » car une petite quantité d’huile de pyrolyse a été utilisée ailleurs dans le même processus de production.

Le deuxième est le calcul des « émissions évitées ». Les entreprises soustraient de leurs émissions celles qui auraient été générées si les déchets plastiques avaient été incinérés. Ainsi, sur le papier, le plastique recyclé semble plus durable que le plastique vierge, même si le processus réel produit davantage d’émissions.

En effet, selon diverses analyses du cycle de vie, l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, depuis la pyrolyse jusqu’à la production finale, peut émettre 6 à 8 % de CO₂ de plus que le plastique traditionnel. Les bénéfices climatiques n’apparaissent que grâce à des calculs théoriques sur les incinérations évitées.

Certifications sous accusation et doutes sur l’impartialité

Les étiquettes attestant du contenu recyclé basé sur le bilan massique sont délivrées par des systèmes de certification dirigés par l'industrie. Cela soulève des questions sur l'indépendance des audits, en particulier lorsque des liens commerciaux apparaissent entre les auditeurs et les entreprises pétrochimiques.

Certains experts parlent ouvertement d’outils plus proches du marketing que de la science. Selon eux, les évaluations environnementales peuvent être construites en choisissant des paramètres favorables et en masquant l’impact réel du climat. Lorsque la part de matériaux recyclés est minime, les économies de carbone supposées ont tendance à disparaître.

Le risque est que tout au long de la chaîne de valeur – jusqu'au produit en rayon – les allégations environnementales des marques deviennent peu fiables ou trompeuses pour les consommateurs.

L’Europe est-elle vers la légalisation du « greenwashing » ?

Malgré les critiques, l'Union européenne se rapproche d'un cadre réglementaire qui pourrait reconnaître officiellement le bilan massique comme une méthode valable pour démontrer le contenu recyclé. Des règles considérées comme laxistes pourraient entrer en vigueur dès 2026, et des dispositions similaires sont attendues au Royaume-Uni l’année suivante.

Ces dernières années, les entreprises pétrochimiques ont intensifié leur lobbying auprès des institutions européennes, tout en concluant des accords pour sécuriser leurs approvisionnements en huile de pyrolyse. Tout cela alors que les objectifs obligatoires en matière de contenu recyclé risquent d’être atteints uniquement techniquement, sans réelle réduction des déchets et des émissions.

Alors que la demande de combustibles fossiles diminue au profit des énergies renouvelables, le plastique apparaît comme l’un des principaux moteurs de croissance des bénéfices futurs des grandes compagnies pétrolières. Une perspective qui rend encore plus cruciale la distinction entre une véritable économie circulaire et de simples opérations d’image.

Pour les consommateurs européens, la question est tout sauf marginale : choisir des produits véritablement durables devient de plus en plus difficile sur un marché où même le plastique presque entièrement fossile peut être vendu comme « recyclé ».

Le défi concerne désormais la transparence, des règles plus strictes et des contrôles indépendants. Sans ces éléments, le risque est que la transition écologique ne reste qu’un label.

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