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Tortues fuyant le Conero : mille empreintes de pas qui racontent un tremblement de terre il y a 80 millions d'années

Mille empreintes fossiles attribuées à des tortues fuyant un ancien tremblement de terre découvertes sur le Mont Conero : l'histoire d'une panique crétacée sortie de la roche

Sur le Mont Conero, dans les Apennins Ombrie-Marches, surplombant la mer, il y a une paroi rocheuse qui ne parle pas : elle crie. Un millier de petits croissants gravés dans la pierre racontent une histoire qu'aucun être humain n'a vue, mais qu'on peut aujourd'hui presque imaginer comme une image fixe géologique. C'est l'histoire d'une panique soudaine, d'un tremblement de terre du Crétacé et d'un groupe de tortues marines qui, un instant avant de s'enfuir vers la mer, ont laissé des empreintes destinées à durer plus longtemps que notre propre espèce.

Ce « alambic » de la préhistoire a été découvert par trois alpinistes qui, ignorant l'interdiction de la municipalité d'Ancône en raison du risque de glissements de terrain, ont atteint un point de la falaise appelé Les plaques de voile. Là, en plein été, ils se sont retrouvés devant une dalle calcaire d'environ deux cents mètres carrés, bordée de mille petites empreintes, très rapprochées, ordonnées comme une armée marchant dans la même direction. Sauf que ce n’était pas une marche : c’était une évasion.

Ces empreintes ne ressemblent à rien sur Terre. La forme du croissant, répétée partout, a immédiatement fait penser aux scientifiques à des nageoires immergées dans des eaux peu profondes, et non à des pattes posées sur une surface sèche. Et il est probable que cela se soit produit exactement ainsi : il y a 80 millions d’années, l’actuel Conero se trouvait au fond d’une mer peu profonde, soudainement secoué par un tremblement de terre.

Les trois hypothèses

Le géologue Paolo Sandroni a immédiatement reconnu que ces empreintes ne pouvaient pas être celles de poissons : elles laissaient des signes trop réguliers, trop « physiques ». Avec une équipe de chercheurs, dont Alessandro Montanari de l'Observatoire géologique de Coldigioco, il a tout documenté, des drones aux analyses stratigraphiques, jusqu'à la publication sur Recherche sur le Crétacé.

Les animaux candidats sont trois grands protagonistes des mers du Crétacé : les plésiosaures, les mosasaures et les tortues marines. Tous solitaires, sauf les derniers, qui savent encore aujourd'hui se rassembler par centaines lors de la ponte.

C'est alors que l'image se recompose presque toute seule : un groupe de tortues en train de se reproduire, surprises par un choc. Un frisson soudain dans les fonds marins, une lueur de peur, la ruée vers le large. Une évasion maladroite et rapide, à mi-chemin entre la course et la nage, dont les nageoires s'enfoncent dans les fonds marins comme des fossiles vivants.

Puis, un instant plus tard, autre conséquence du séisme : une avalanche de sable et de sédiments. C’est elle qui a enterré les traces et les a conservées pour nous, comme si la Terre avait fermé un livre et l’avait rouvert 80 millions d’années plus tard. Les scientifiques se montrent toutefois prudents : ils n’ont trouvé ni coquilles, ni os, ni autres restes. Seulement des empreintes de pas. C'est précisément pour cette raison qu'ils invitent les paléontologues du monde entier à donner leur avis. Pour l’instant, la « fuite de la tortue » est l’hypothèse la plus élégante, la plus cohérente et la plus surprenante.

Un événement qui passionne aussi la science

La merveille de la découverte réside ici : nous avons non seulement un sédiment ancien, mais un comportement. Il est très rare que la nature conserve un instant aussi précis, un geste, un instant de peur collective. C'est comme si Conero avait enregistré l'audio d'une époque perdue et nous l'avait rendu sous forme de pierre.

Les empreintes ne racontent pas la mort de ces animaux, mais leur fuite réussie. Aucun vestige n'a été retrouvé dans la zone : ils ont probablement tous survécu. Une petite victoire dans la nuit des temps. Et aujourd’hui, nous observons ce chaos ordonné, pressentant pour la première fois quelque chose que la préhistoire a toujours tendance à cacher : la vie qui s’échappe, la peur qui bouge, l’instinct qui sauve.

Source : Recherche sur le Crétacé

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