Trump réinitialise la politique climatique américaine et rouvre la saison des combustibles fossiles

Trump réinitialise la politique climatique américaine et rouvre la saison des combustibles fossiles

Évaluation fédérale reconnaissant les gaz à effet de serre comme dangereux pour la santé annulée. Les normes d’émissions pour les voitures et les camions sont également supprimées. Les écologistes prêts à faire appel

L’administration Trump a démantelé la pierre angulaire de la réglementation américaine sur le climat, effaçant l’évaluation scientifique reconnaissant les gaz à effet de serre comme un risque pour la santé publique et mettant fin aux normes fédérales sur les émissions des voitures et des camions. Une décision qui marque le recul environnemental le plus profond de l’histoire récente des États-Unis et qui rouvre officiellement la saison de la déréglementation énergétique, c’est-à-dire la réduction drastique des contraintes publiques sur la production, la consommation et les impacts environnementaux du pétrole, du gaz et du charbon.

La mesure, annoncée à Washington en collaboration avec les dirigeants de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), élimine ce que l'on appelle le « constat de danger », la base juridique introduite en 2009 qui avait permis au gouvernement fédéral de limiter les émissions altérant le climat conformément au Clean Air Act, la loi fédérale historique qui réglemente la protection de la qualité de l'air aux États-Unis. Pour Trump, il s'agit de « la plus grande opération de déréglementation jamais réalisée », un tournant qui, dans les intentions de la Maison Blanche, devrait alléger les coûts pour les entreprises et les consommateurs, mais qui, selon de nombreux analystes, risque de transférer des charges bien plus lourdes sur le système de santé, les familles et les territoires à moyen terme.

La démolition du système de régulation

Selon l'EPA, l'évaluation des menaces climatiques était basée sur une interprétation large des lois sur la qualité de l'air conçues pour lutter contre les polluants locaux et régionaux, et non sur un phénomène mondial tel que le réchauffement climatique. Une lecture qui bouleverse quinze années de jurisprudence et de politiques publiques et qui, de fait, réduit la capacité de l'État fédéral à intervenir sur l'un des principaux facteurs de risque systémique du XXIe siècle.

Cette décision a un impact immédiat sur l’un des secteurs les plus concernés par le climat. Les transports et l'énergie, responsables chacun d'environ un quart des émissions nationales, sortent désormais d'un cadre réglementaire visant une réduction progressive de l'empreinte carbone, dans le but d'accélérer la transition vers la mobilité électrique et les sources renouvelables. Un changement de direction qui intervient alors que les événements extrêmes, les incendies, les vagues de chaleur et les inondations exercent déjà une pression sur les infrastructures, les systèmes de santé et les budgets publics de nombreux États.

L’industrie divisée, les fossiles en fête

Le monde productif réagit de manière inégale. Les principaux constructeurs automobiles, bien que critiques à l'égard d'objectifs jugés difficiles à atteindre à court terme, craignent désormais une fragmentation réglementaire entre les États et une longue période d'incertitude juridique. L'enthousiasme de l'industrie charbonnière est plus clair, car elle voit la possibilité de ralentir la fermeture des centrales électriques plus anciennes et de reporter les investissements dans de nouvelles capacités de production, prolongeant ainsi le cycle de vie des sources les plus émettrices.

L’administration estime que l’abrogation des règles pourrait générer des économies pouvant atteindre 1 300 milliards de dollars. Des évaluations opposées émanent cependant des écologistes, qui rappellent comment la précédente politique climatique promettait des bénéfices économiques nets pour les citoyens grâce à la réduction des coûts de carburant et d'entretien et surtout des coûts de santé liés à la pollution de l'air.

Le défi devant les tribunaux

Les organisations environnementales ont annoncé des appels immédiats, estimant que l'autorité de l'EPA en matière de lutte contre les gaz à effet de serre reste juridiquement solide. La bataille juridique pourrait durer des années et atteindre la Cour suprême, rouvrant ainsi un front déjà exploré dans le passé, lorsque les juges fédéraux ont reconnu le droit et le devoir de l'agence de réglementer les émissions altérant le climat.

Les experts préviennent que l'annulation de l'évaluation du danger risque de produire un effet boomerang, favorisant une multiplication des poursuites civiles fondées sur la notion de « nuisance publique », avec des conséquences imprévisibles pour les entreprises et les administrations locales.

Pendant ce temps, les États-Unis s’éloignent encore davantage des efforts internationaux contre le réchauffement climatique après s’être retirés de l’Accord de Paris et avoir mis fin aux incitations en faveur des énergies propres. Le tournant de Washington n'est pas qu'un changement d'orientation nationale : dans un système climatique interconnecté, le retour à l'Amérique fossile pèse sur l'équilibre mondial et rend encore plus fragile la course contre la montre pour contenir la hausse des températures.

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