allevamenti intensivi tacchini

Pas seulement les poulets : l’EFSA dénonce les souffrances ignorées des dindes dans les élevages (entre mutilations et surpopulation)

Les dindes des élevages intensifs vivent un véritable enfer. L'EFSA nous montre combien il reste encore à faire pour garantir leur bien-être maximum

Quand on parle d’élevage intensif, on pense immédiatement aux poules. Les images d’entrepôts surpeuplés, d’animaux qui peinent à se déplacer, de conditions d’hygiène précaires sont entrées dans l’imaginaire collectif grâce à des décennies d’enquêtes et de documentaires. Mais il existe un animal qui subit le même sort, souvent de manière encore plus grave, et qui n'apparaît que rarement dans le débat public : la dinde.

Avec environ 4 kg consommés par habitant chaque année en Italie, la dinde est la deuxième viande de volaille la plus achetée après le poulet. Pourtant, contrairement à ces dernières, il n’existe toujours pas de réglementation européenne spécifique sur son bien-être dans les exploitations agricoles. Un vide que veut désormais combler l'EFSA – l'Autorité européenne de sécurité des aliments – qui a publié un avis scientifique entièrement dédié aux conditions de vie des dindes dans les élevages.

L’objectif était d’examiner les preuves scientifiques les plus récentes et de fournir des recommandations concrètes pour améliorer le bien-être de ces animaux. Le résultat est un document important qui mérite attention.

Avant d’entrer dans les détails, il convient de préciser de qui nous parlons. Le rapport prend en considération trois catégories d'animaux : les poussins, c'est-à-dire les dindes nouveau-nées jusqu'à l'âge de 7 jours ; les dindes d'engraissement, élevées entre 15 et 22 semaines et destinées à la production de viande, d'un poids pouvant varier de 7 à 25 kg ; et des dindes reproductrices, sélectionnées pour générer des générations ultérieures.

Dans toute l’Union européenne, la grande majorité de ces animaux sont gardés à l’intérieur en grands groupes. Il existe également des systèmes avec accès à des vérandas couvertes ou à des pâturages ouverts, mais ils représentent une minorité par rapport à l'agriculture conventionnelle intensive.

infographie sur les dindes, EFSAinfographie sur les dindes, EFSA

Espace : le premier droit à être garanti

Parmi les recommandations de l'EFSA, celle sur l'espace disponible est peut-être la plus immédiate à comprendre. Pour permettre à une dinde d'exprimer ses propres comportements – bouger, s'allonger, manger, boire, explorer – des surfaces minimales très précises sont nécessaires : au moins 0,49 mètre carré pour un animal de 7 kg, et au moins 0,82 mètre carré pour un animal de 25 kg.

Ce ne sont pas des luxes, ce sont les conditions minimales pour que l’animal puisse vivre dignement. Lorsque ces espaces ne sont pas garantis, les conséquences affectent directement la santé physique et le bien-être psychologique des dindes.

Il faut garder à l'esprit que les dindes élevées aujourd'hui grandissent à un rythme impressionnant : les femelles atteignent 9 à 10 kg en un peu plus de trois mois, les mâles dépassent les 20 kg en cinq mois. Des animaux énormes, génétiquement sélectionnés pour prendre du poids le plus rapidement possible, qui se retrouvent face à un corps qui grandit plus vite qu'il ne peut supporter. Plus de poids signifie moins de mobilité, plus d'efforts pour se déplacer, plus de pression sur les jambes et plus d'espace nécessaire pour se tenir debout sans heurter votre voisin.

Détritus, air et lumière

L'opinion scientifique consacre également une large place aux éléments environnementaux qui, à première vue, peuvent sembler secondaires mais qui ont un impact profond sur la qualité de vie des animaux.

La litière, qui est le matériau du sol de la maison, doit être maintenue sèche, propre et friable. Une litière humide ou mal gérée est l'une des principales causes de problèmes de pattes, qui représentent l'un des signes d'inconfort les plus courants chez les dindes d'élevage. La qualité de l’air est tout aussi cruciale : l’EFSA recommande d’assurer une ventilation adéquate qui maintient les niveaux d’ammoniac en dessous de 10 ppm et les niveaux de dioxyde de carbone en dessous de 2 000 ppm.

La lumière a aussi son poids, en effet il faut au moins 10 lux d'intensité lumineuse et la présence de lumière UV-A, ce qui pour ces animaux n'est pas un détail négligeable mais un élément essentiel à leur bien-être visuel et comportemental.

Enrichissement de l'environnement

Un autre passage intéressant du document concerne l’enrichissement de l’environnement. L'EFSA recommande de fournir aux animaux du matériel de recherche de nourriture à explorer et des plates-formes surélevées sur lesquelles se percher. Deux éléments en apparence simples, mais qui répondent à des besoins comportementaux profonds de cette espèce, la dinde est un animal curieux, qui dans la nature passe une bonne partie de son temps à explorer l'environnement et à chercher de la nourriture.

Nier ces possibilités, c'est le contraindre à une dimension d'appauvrissement, avec des conséquences sur son équilibre physique et psychologique.

Sélection génétique et mutilations

L’avis de l’EFSA aborde également deux questions sensibles. Le premier concerne la sélection génétique : les experts soulignent que l'orientation actuelle vers une croissance rapide favorise les problèmes de mobilité et les blessures aux pattes, l'un des principaux problèmes des dindes à l'engrais. L'EFSA suggère qu'à l'avenir, la génétique devrait également prendre en compte le bien-être animal, et pas seulement le poids et la vitesse de croissance.

Le deuxième thème est celui des mutilations. L'EFSA est explicite : les pratiques telles que la coupe du bec, l'ablation du snood (l'appendice charnu au-dessus du bec des mâles) et la coupe des orteils doivent être évitées. Il s’agit d’interventions douloureuses qui, lorsqu’elles sont réalisées, servent à gérer les problèmes liés à la coexistence forcée dans des espaces confinés mais non à les résoudre. La solution, selon les scientifiques, se situe en amont, dans les espaces, dans la gestion, dans l'environnement.

Un changement de cap est nécessaire (et possible)

Dans les fermes biologiques, ces pratiques ne sont pas autorisées. Il existe également des systèmes d'élevage avec accès à des espaces ouverts ou à des vérandas couvertes, qui offrent de bien meilleures conditions que les étables fermées dans lesquelles vivent la plupart des dindes européennes. Le changement est donc possible et absolument nécessaire.

Mais tant qu’il n’y aura pas une réglementation européenne spécifique mettant en œuvre les recommandations scientifiques sur l’espace, la qualité de l’air et les pratiques interdites, des millions d’animaux continueront à croître trop vite, dans trop peu d’espace, sans qu’aucune règle ne les protège réellement.

Source : EFSA

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