Des chercheurs ont trouvé un moyen efficace d'exterminer les moustiques grâce à un champignon qui vit dans le sol
Le champignon Metarhizium imite l'odeur des fleurs, attire les moustiques et les élimine sans pesticides : une nouvelle stratégie naturelle contre ces insectes
Il existe des histoires scientifiques qui semblent sortir d’un conte de fées un peu tordu, du genre dans lequel la nature aime inverser les rôles. Le champignon Metarhizium fait partie de ces personnages auxquels on ne s'attend pas : il vit dans le sol, il n'a rien de tape-à-l'oeil et pourtant il a appris à imiter les fleurs pour attirer les insectes. Il ne le fait pas pour être admiré, mais pour les dévorer. Un comportement élégant mais impitoyable, que la science a désormais décidé d'exploiter contre l'ennemi le plus insistant de nos étés : le moustique.
Jusqu’à présent, le problème était à la fois simple et paradoxal. Le champignon est très efficace pour produire du longifolène, une molécule parfumée irrésistible pour les moustiques. Le fait est qu'il ne l'a délivré qu'après avoir tué sa victime. Une stratégie parfaite pour l’écosystème sauvage, un peu moins pour nous les humains assis sur le canapé en train de gifler les fantômes.
L'équipe dirigée par le mycologue Raymond St. Leger, de l'Université du Maryland, a décidé de réécrire cette partie de l'histoire et a appris au Metarhizium à propager le longifolène en continu, comme s'il s'agissait d'une fleur en pleine floraison. La modification fonctionne si bien que les moustiques y tombent même s'il y a un être humain dans la pièce, ce qui pour eux est le buffet le plus riche. Une tentation que le champignon sait transformer en piège.
Ce qui est surprenant, c’est à quel point tout cela est inoffensif pour nous. Le longifolene est déjà utilisé dans les parfums et St. Leger le souligne comme un détail de confort :
Ce n’est pas un pesticide chimique et il est sans danger.
C'est également un soulagement pour ceux qui vivent dans des zones où les moustiques sont non seulement ennuyeux, mais potentiellement dangereux.
L'expérience
Les chercheurs ont placé le champignon dans un simple piège, avec un substrat de riz ou de blé, ne laissant entrer que les moustiques. Ensuite, ils ont laissé un volontaire dormir sous une moustiquaire dans la même pièce. En cinq jours, la moitié des moustiques avaient déjà disparu. Les autres connurent le même sort peu de temps après, comme si le champignon savait attendre le bon moment pour boucler la boucle.
Personne dans l’équipe ne pense que c’est la solution finale. En Chine, par exemple, on essaie déjà de la combiner avec d’autres techniques. Le point fort du Metarhizium est un autre : il peut être cultivé n’importe où, même dans un village rural disposant de très peu de ressources. Il suffit d'un peu de riz, d'un peu de soin et le champignon fait le reste.
Le nœud évolutif, cependant, constitue l’étape la plus fascinante de toute la recherche. Si les moustiques décident d’éviter l’odeur du longifolène, ils devront également renoncer aux fleurs. Et pour un insecte qui vit plus de sucre que de sang, ce serait comme choisir de ne pas respirer juste pour éviter une nuisance. Une contradiction biologique. Et si, malgré tout, ils trouvaient un moyen ? Ensuite, vous pourrez à nouveau modifier l’odeur du champignon. La nature, cette fois, n'est pas une limite mais une complice.
Après des années passées à utiliser des sprays, des pièges à moustiques, des plaques et des moustiquaires traitées avec des substances que les moustiques aiment souvent plus que nous, imaginer une solution qui fonctionne en silence et sans rien empoisonner a un certain effet. Ce n’est pas un rêve, ce n’est pas un miracle, ce n’est pas un énième produit publicitaire d’été. Il s'agit simplement d'un champignon qui a perfectionné son art pendant des millions d'années et qui, avec un peu d'aide humaine, pourrait désormais entrer dans nos maisons en tant que gardien discret.
Cela n’exterminera peut-être pas les moustiques, mais cela pourrait nous aider à vivre avec eux sans transformer chaque soir d’été en guerre. Et cela constituerait en soi, pour beaucoup d’entre nous, une révolution.
Source : Nature
