Des dizaines de milliards d'euros de l'UE pour la viande et le lait, mais des subventions négligeables pour les légumineuses et les fruits : « la PAC est à la croisée des chemins »
Les aliments d'origine animale produisent entre 81 et 86 % des émissions totales de gaz à effet de serre liées à la production alimentaire dans l'UE. Un nouveau rapport révèle qu'une part extrêmement injuste des subventions de la PAC de l'UE est toujours allouée au soutien de la production de viande et de produits laitiers à fortes émissions et à la promotion de la viande et des produits laitiers.
En 2020, l’Union européenne a alloué environ 8 milliards d’euros de fonds de la Politique agricole commune (PAC) à la production de viande bovine et ovine à fortes émissions. Seuls 14 millions ont été consacrés aux légumineuses, comme les lentilles et les haricots, soit 580 fois plus pour la viande et l'agneau que pour les protéines végétales à faible impact.
Ce n'est pas mieux si l'on regarde le secteur laitier : 16 milliards d'euros contre seulement 29 millions alloués aux fruits secs et aux graines, soit environ 500 fois plus. Dans l’ensemble, en 2020, l’UE a consacré trois fois plus de subventions à la viande et aux produits laitiers qu’aux aliments végétaux, 77 % des fonds de la PAC (39 milliards sur 51) étant destinés à des productions à fortes émissions.
Cette ville a été la première au monde à interdire la vente et la consommation de viande (et l'abattage d'animaux)
Ce sont les données qui ressortent du nouveau rapport « La PAC à la croisée des chemins » de l'organisation Foodrise, qui photographie une répartition très déséquilibrée des fonds publics : la viande et le lait ont reçu plus de 10 fois plus de subventions que les fruits et légumes et 16 fois plus que les céréales.
Un paradoxe climatique (et sanitaire)
La situation est encore plus critique si l’on considère l’impact environnemental. Les aliments d’origine animale sont responsables, selon les estimations, de 81 à 86 % des émissions liées au changement climatique liées à la production alimentaire européenne, bien qu’ils fournissent environ 32 % des calories et 64 % des protéines consommées dans l’UE.
Le bœuf, en particulier, peut générer 21 à 62 fois plus d'émissions que les légumineuses par gramme de protéines. Pourtant les légumineuses, en plus d’avoir une empreinte climatique réduite, améliorent la fertilité des sols grâce à la fixation de l’azote et apportent des bénéfices pour la santé.



Il n’est donc pas surprenant que ces dernières années, les appels se soient multipliés en faveur d’une réforme de la PAC afin de soutenir une transition vers une alimentation saine et durable, avec une réduction de l’agriculture intensive. Parmi les voix appelant à un changement de direction figurent la Cour des comptes européenne, la Banque mondiale et la Commission EAT-Lancet.
La PAC 2028-2034 : opportunité ou opportunité manquée ?
Cette année, les décideurs européens sont appelés à définir l’utilisation des fonds publics pour la période 2028-2034. Le risque, rapporte Foodrise, est que la viande et les produits laitiers continuent de recevoir la plus grande part des ressources.
Selon Martin Bowman, directeur de campagne de l'organisation, il est « scandaleux » que des milliards d'euros provenant des contribuables soutiennent une production à fortes émissions, faussant les régimes alimentaires européens et allant à l'encontre des objectifs de l'UE en matière de climat et de santé.
Parmi les propositions avancées :
- un plan d’action pour les aliments végétaux tout au long de la chaîne d’approvisionnement
- un fonds pour une transition agroalimentaire juste pour soutenir les agriculteurs
- l'arrêt des fonds européens pour la promotion de la viande et des produits laitiers


Les avantages d’une avancée végétale
L'adoption de ce qu'on appelle Régime de santé planétaire dans les pays à revenu élevé, cela pourrait réduire les émissions agricoles jusqu’à 61 %. Et ce n’est pas tout : cela signifierait moins de dépendance aux importations, moins d’utilisation d’engrais (jusqu’à -25 %), moins de décès liés à la pollution de l’air et une réduction significative de certaines formes de cancer.
Parallèlement, le marché européen des produits d’origine végétale connaît une croissance rapide et pourrait dépasser les 83 milliards de dollars d’ici 2030, avec des centaines de milliers d’emplois potentiels dans le secteur des protéines alternatives.
Le dialogue stratégique de 2024 sur l’avenir de l’agriculture européenne a déjà reconnu la tendance vers une alimentation davantage à base de plantes, la qualifiant de « cruciale » de la soutenir.
La PAC est à la croisée des chemins. Continuer à financer un modèle agricole qui pèse sur le climat, la biodiversité et la santé, ou investir dans un système alimentaire capable de nourrir l’Europe sans compromettre l’avenir. Le choix, cette fois, est politique. Et cela nous concerne tous.
ICI le rapport complet.
