Un air empoisonné ? Pas de problème : les États-Unis abandonnent les limites sur les particules fines

Un air empoisonné ? Pas de problème : les États-Unis abandonnent les limites sur les particules fines

L'EPA renonce à la limite de 9 µg/m³ pour les particules en suspension dans l'air. Ainsi, l’air américain redevient plus toxique et met en danger des centaines de milliers de vies.

Chaque souffle peut contenir un ennemi invisible. De minuscules particules de suie et de fines poussières voyagent dans les poumons et la circulation sanguine, augmentant ainsi le risque de crise cardiaque, d'accident vasculaire cérébral, de tumeur et d'asthme. Aux États-Unis, des millions de personnes risquent de respirer précisément cela : l'Environmental Protection Agency (EPA), l'agence fédérale créée en 1970 pour protéger la santé et l'environnement, a décidé de ne plus défendre la règle qui abaissait la limite de particules fines à des niveaux plus sûrs.

Fondée pour garantir la pureté de l'air, l'eau potable et la protection de l'environnement, l'EPA établit des normes en matière de qualité de l'air, contrôle les émissions industrielles et contrôle les produits chimiques dangereux. Mais dans la pratique, les pressions politiques et économiques font pencher la balance vers la déréglementation, au détriment de la santé des citoyens.

La devise de « l’air pur » en sortant

La règle Biden de 2024 a fixé la limite annuelle de PM2,5 à 9 microgrammes par mètre cube, beaucoup plus restrictive que la précédente limite de 12 µg/m³ fixée sous Trump. Cette norme visait à réduire les décès prématurés et les maladies respiratoires : l'EPA estimait qu'elle permettrait de sauver jusqu'à 4 500 vies par an, d'éviter 800 000 épisodes d'asthme et 2 000 hospitalisations.

Aujourd'hui, l'agence a demandé à la Cour fédérale d'annuler cette règle, ce qui marque un net pas en arrière dans la protection de l'air américain. Les PM2,5, étant si petites qu’elles traversent les poumons et le sang, représentent le polluant atmosphérique le plus dangereux aux États-Unis.

Des chiffres qui pèsent

La norme plus sévère aurait également apporté, comme avantage concret, une économie de 290 000 journées de travail. Les bénéfices économiques estimés d’ici 2032 s’élèvent à environ 46 milliards de dollars. Les PM2,5 sont si fines qu’elles pénètrent dans les alvéoles pulmonaires, provoquant des dommages respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que des crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et des tumeurs pulmonaires.

Pourquoi l'EPA a lâché la laisse

Selon l’agence, la norme de 9 µg/m³ a été introduite « sans le processus rigoureux d’introduction progressive requis par le Congrès ». En outre, une mise en œuvre complète aurait entraîné « des centaines de millions, voire des milliards de dollars » de coûts pour les citoyens et les entreprises, lit-on dans le Washington Post.

Les associations industrielles et les procureurs généraux des États conservateurs avaient déjà contesté cette règle, arguant qu'elle entravait l'octroi de nouveaux permis et la construction d'usines de fabrication. Le gouverneur de Virginie-Occidentale, Patrick Morrisey, a déclaré que le retour à l'ancienne limite était un soulagement pour les producteurs et les familles.

Qui paie le prix

Le coup le plus dur tombe sur les communautés les plus vulnérables : les minorités ethniques et les quartiers populaires, déjà exposés à des niveaux de PM2,5 supérieurs de 35 à 54 % à la moyenne nationale. Les environnementalistes et les groupes de justice environnementale affirment qu’un affaiblissement de la règle exacerberait les maladies respiratoires, les décès prématurés et les inégalités sociales.

Yvonka Hall, directrice de la Northeast Ohio Black Health Coalition, souligne que les communautés noires subissent déjà le poids de l'air pollué et des taux plus élevés d'asthme et de maladies cardiaques. Selon les experts, un affaiblissement des protections entraînerait un coût réel en termes de vies humaines.

Une politique de rétrocession environnementale

Le retrait de la défense de la règle fait partie d’un plan de déréglementation plus large qui comprend la refonte des exigences de déclaration des émissions industrielles. L’EPA semble donner la priorité aux besoins de l’industrie plutôt qu’à la santé publique, tandis que les citoyens et les communautés fragiles paient le prix le plus élevé.

Aux Etats-Unis, cette décision marque un net changement de priorité : de la protection sanitaire au soutien économique aux entreprises polluantes. Même en Europe, où les limites de PM2,5 sont plus élevées et souvent difficiles à respecter, le choix américain sonne comme un avertissement : la protection de l’environnement ne peut être tenue pour acquise.

Source : Air Alliance Houston

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